Villages et patrimoines

La Meije est sans conteste l'une des plus belles montagnes des Alpes. Majestueuse, elle domine du haut de ses 3983m la haute vallée de la Romanche où se blottissent les deux jolies petites communes de La Grave et Villar d'Arène, chacune entourées de leurs hameaux.

La Grave et ses hameaux

Depuis fort longtemps des hommes vivent ici. Ils ont dû s'adapter à un environnement rude, affronter les contraintes et les caprices de la haute montagne, l'altitude, l'isolement, le froid, l'enneigement, le relief peu propice à la culture. Ainsi ils ont su développer tout au long des siècles, différentes pratiques spécifiques, tant agricoles que sociales ou architecturales, bâtissant une véritable civilisation alpine.

La Grave est classé parmi les plus beaux villages de France grâce à sa situation panoramique et son ambiance authentique. Situé à 1500m d'altitude, surplombé par le massif de la Meije, le village se trouve à proximité directe de la zone cœur du Parc National des Ecrins.
La Grave aurait jadis été entourée d'une enceinte fortifiée qui a aujourd'hui entièrement disparu.
Le bourg en a gardé un tissu urbain très serré comme l'attestent les nombreuses ruelles dites "trabuc", reliant les demeures entre elles. L’église Notre Dame de l'Assomption, classée Monument Historique, fut édifiée à partir du XIème siècle, et se rattache à l’art roman dit « lombard ». Elle forme avec la chapelle des Pénitents, la cure et le cimetière un bel ensemble avec pour toile de fond les glaciers de la Meije.

Cinq hameaux dits des « Traverses » surplombent le village à 1800m d’altitude : les Hières (prononcer "les Zières"), Valfroide, Ventelon, les Terrasses et le Chazelet.
Ils recèlent de nombreuses curiosités patrimoniales : maisons traditionnelles toutes en pierres, églises ornées de tuf, fours banals ou encore greniers en bois sont autant de motifs de promenades.

Les Fréaux, hameau de la commune de La Grave est le premier village que vous découvrirez en arrivant de Grenoble, célèbre pour sa cascade de la Pucelle située en face des habitations ainsi que ses voies d'escalade et grandes voies.

Villar d'Arène et ses hameaux

Les romains appelaient ce dernier village avant le col du Lautaret Arènes supérieures en opposition aux Arènes inférieures, nom donné à La Grave. En ayant racheté un certain nombre de libertés au Dauphiné, les habitants se sont eux-mêmes nommés les « affranchis », un nom mué en « Faranchins » avec le temps. Ce village authentique reste encore aujourd’hui un gardien inlassable de ses traditions séculaires.

Le village, installé à 1650 mètres d'altitude au pied des mythiques et prestigieux sommets des Ecrins et aux portes du Parc National des Ecrins, est ancré dans un environnement résolument montagnard.

Bien que la haute vallée de la Romanche soit tournée vers l’Oisans, Villar d'Arène et La Grave sont les seules communes sur le versant ouest du col du Lautaret à faire partie du département des Hautes-Alpes.

Villar d’Arène et ses deux hameaux, le Pied du Col (1705 m) et les Cours (1779 m), ont su préserver leur patrimoine de caractère. Maisons traditionnelles, chapelles et fontaines rendent la découverte agréable. La chapelle Saint-Antoine, à proximité du hameau des Cours, offre une très jolie vue sur la vallée. Le parcours « Au fil des fontaines »  et le moulin-écomusée font partie des visites à ne pas manquer. 


 

Un peu d'histoire

Malgré la rudesse du territoire, on trouve des traces d'occupation en Haute-Romanche depuis l'Antiquité. Néanmoins, c'est au moyen âge que La Grave s'impose comme le centre administratif et commercial du Haut-Oisans. Le village aurait alors été la communauté la plus importante de l'Oisans et comptait plus d'habitants que le Bourg d'Oisans ! « Neuf mois d’hiver, trois mois d’enfer », tel était le rythme agricole imposé par la rudesse du climat, la saison froide entraînant aussi l’exil des hommes qui se spécialisèrent au fil du temps dans le colportage.

Au second empire, la construction épique de la route du Lautaret rompit l’isolement de la Haute-Romanche, et eut pour double effet d’accélérer l’exode rural tout en amenant les prémices d’un tourisme estival : de nouvelles activités (auberges, maisons de roulage) voient déjà le jour, alimentées conjointement par les voyageurs routiers et les alpinistes qui commencent à s’attaquer à ce massif difficile : La Meije sera le dernier grand sommet des Alpes à être vaincu en 1877 par Pierre Gaspard. 

Le tourisme hivernal n’apparaîtra que plus tard, notamment avec les premières remontées au Chazelet en 1964, mais le second souffle sera surtout donné par la construction du téléphérique terminée en 1978 : se hisser sans effort pour contempler le panorama à 3 200 m sera fort apprécié par les estivaux, puis plus tard par les skieurs du monde entier.

Le mystère des greniers du Chazelet

 

Le hameau du Chazelet compte une dizaine de petits greniers en bois dont il est impossible de connaître la date exact de construction. Ce sont les seuls exemples sur tout le canton et on ne trouve semblables modèles qu'en Savoie, Haute-Savoie ou Pyrénées alors que dans les Hautes-Alpes on a pour habitude de les voir en pierre. Leur fonction est la même, c'est à dire stocker les biens de la maison (grain, vivres et objets de valeur).
L'utilisation du bois ici est un mystère lorsque l'on connait la rareté de ce matériau à la Grave... Cette forme d'architecture pourrait alors être fort ancienne, peut-être antérieur au déboisement ? 

Les "Blaytes" en guise de combustible

 

Sur certaines maisons traditionnelles, on peut noter la présence de petits balcons faits de bouts de planches... On les nomme en patois "galarîas". Ces structures vétustes servaient à l'époque (et parfois encore aujourd'hui) à stocker les "blaytes", briques de fumier de mouton utilisées pour se chauffer l'hiver, le bois étant une denrée très rare dans le canton. Elles sont traditionnellement entreposées sur la partie sud des maisons afin de permettre au soleil de les sécher. L'odeur de la fumée se dégageant alors de la cheminée est très particulière et rappelle la rudesse de la vie, jadis.

La tradition du "Pô Buli"

 

Tourtes, ravioles, pompes et crozets font partie intégrante des spécialités culinaires de Villar d'Arène, mais c’est surtout le fameux  pain bouilli, « Pô Buli » en patois, qui a fait la réputation du village. Ce pain préparé uniquement avec de la farine de seigle et de l’eau bouillante a constitué pendant des siècles la nourriture de base des Faranchins (habitants de Villar d'Arène).

Autrefois, le pain n’était fabriqué qu’une seule fois par an pour tout le village et les habitants le conservaient toute l’année. Le bois était rare et lorsque l’on allumait le four, c’était pour faire le pain de l’année. Rapidement, sa croûte devenait tellement dure qu'il fallait ensuite le couper à la scie et le tremper dans la soupe ou dans le lait.

Tout comme les habitants du Chazelet et de Ventelon, les Faranchins perpétuent cette tradition en se réunissant tous les 3èmes week-ends de novembre pour fabriquer le pain au four communal selon la recette ancestrale. Un weekend début août des Fêtes du Pains sont organisées à Villar d’Arène et au Chazelet.